Opinion : Intégration des immigrants sur le marché du travail

Un rendez-vous avec les régions à ne pas manquer

Selon Statistique Canada, en 2016, 296 371 immigrants ont été admis et un peu plus l’année suivante. La tendance est que les immigrants s’établissent dans les régions métropolitaines (74,4 % des immigrants du Québec résident à Montréal).

À la fin des années 90, le gouvernement québécois a élaboré un plan d’action visant à diriger les nouveaux arrivants vers les régions et, ainsi, combler leurs besoins de main-d’œuvre. Encore aujourd’hui, les immigrants vivent majoritairement en milieu urbain et leur taux de chômage demeure très élevé. Pourquoi les politiques de régionalisation de l’immigration sont-elles vouées à l’échec ?

Depuis des décennies, le processus de sélection des immigrants est basé sur un système de pointage qui est revisité périodiquement pour arrimer la politique d’immigration aux stratégies de développement économique. La politique québécoise de régionalisation de l’immigration des années 90 devait accroître le développement économique régional, pallier le déclin démographique et même contrer « l’assimilation anglophone ». Ce plan comprenait trois volets :

1) promouvoir auprès des immigrants les avantages à vivre en région ;

2) sensibiliser les communautés d’accueil et les conseillers à l’intégration économique à la réalité des immigrants ;

3) développer des services d’accueil liés à la recherche d’emploi et l’apprentissage du français.

Les compressions budgétaires et les reconfigurations structurelles ont mis en péril cette politique. En 2017, le ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) propose de renouer avec la politique de régionalisation de l’immigration, mais cette fois en faisant la promotion auprès des immigrants du potentiel des régions, et ce, dès les premières étapes d’élaboration du dossier d’admission. Au-delà de ces nobles intentions, avons-nous une bonne compréhension des facteurs d’attraction et de rétention des travailleurs immigrants dans les régions du Québec ?

Maints travaux réalisés par des chercheurs et des centres de développement économiques pour le compte du ministère du Travail ou du MIDI et autres, dont ceux de Michèle Vatz-Laaroussi, ont démontré que l’attraction des immigrants est liée au potentiel socioéconomique régional, aux occasions d’emplois et de promotion, et aux revenus satisfaisants. Le potentiel de croissance socioéconomique régional repose sur l’accès à des établissements d’enseignement secondaire de qualité, aux services sociaux et de santé, aux logements abordables et aux transports en commun. D’autres facteurs, dont la langue de communication utilisée par la majorité, les services d’accompagnement pour faciliter la recherche d’emploi et l’intégration sociale influencent également le choix de s’établir en région.

Les régions qui affichent leur programme d’intégration des immigrants sur les plateformes web et les réseaux sociaux créent un attrait indéniable.

Les travaux menés sur les parcours d’intégration, dont ceux de P. Dion et de M. Girard, ont démontré que le facteur de rétention le plus important en région est la reconnaissance par l’employeur des compétences, incluant les diplômes et les expériences professionnelles. Un facteur pour lequel il n’y a que peu de compromis possibles.

Le seul incitatif menant le travailleur immigrant à se déplacer vers les régions est la reconnaissance dès l’embauche par l’employeur de ses capacités d’apprentissage comme un atout à la promotion ou au développement de nouvelles compétences.

Incontournable arrimage

De plus, selon les travaux menés par M.A. Painter en psychologie industrielle, si la rémunération versée est juste comparativement au salaire des collègues occupant un même poste, le travailleur immigrant fera le compromis de sa situation de surqualification. Malheureusement, les études réalisées par M.T. Chicha, D. Galarneau, R. Morisette, ou encore J. Renaud et bien d’autres, démontrent que beaucoup d’immigrants occupent des emplois en dessous de leurs qualifications sans possibilité d’être un jour reconnus. Pour les régions désireuses d’accueillir des travailleurs immigrants, selon É. Quimper, la seule stratégie valable est un arrimage étroit entre le profil de qualification des immigrants et les besoins actuels et anticipés de main-d’œuvre des entreprises.

En 2017, la Fédération des Chambres du commerce du Québec (FCCQ) a déployé une première initiative d’arrimage entre les besoins de main-d’œuvre des régions et les besoins d’intégration socioéconomique des immigrants, « Un emploi en sol québécois ». La FCCQ a sollicité les régions désireuses d’augmenter leur niveau d’employabilité à dresser une liste des emplois à pourvoir. Elle a également invité les organismes régionaux d’intégration des immigrants à faire la promotion de leurs stratégies d’accueil et d’intégration. En parallèle, la FCCQ a fait un appel à tous les immigrants diplômés de la région de Montréal en quête d’un emploi ou d’un meilleur emploi à s’inscrire à l’une des visites organisées dans les régions participantes à cette initiative.

L’analyse critique de cette initiative n’est pas complétée, néanmoins, elle semble prometteuse si des ajustements sont faits. Les stratégies d’attraction et de rétention des immigrants devraient s’appuyer sur le partage des rôles entre les différents acteurs d’un même territoire, sur une dynamique concertée misant sur l’équité. Une dynamique exempte de processus, volontaires ou involontaires, d’exclusion ou de favoritisme qui réserve les meilleurs postes ou offre une échelle salariale plus avantageuse pour les travailleurs locaux.

Il convient de revisiter les stratégies de développement d’une culture d’entreprise favorable à la diversité, et ce, même dans les régions où les immigrants sont minoritaires.

Cela est d’autant plus important que les régions vivent la cohabitation interethnique depuis des décennies avec l’arrivée massive de travailleurs étrangers temporaires pour suppléer à la rareté de main-d’œuvre dans le secteur agricole et maraîcher. En tant que professeure de gestion de la diversité, je suis d’avis qu’il faut encourager toutes les initiatives, aussi simplistes soient-elles, pour que les travailleurs locaux côtoient les travailleurs récemment installés en région. Des initiatives comme un système de covoiturage pour les déplacements vers le travail, des activités visant l’intégration des membres de la famille, le partage d’outils ou d’équipements, etc., dans le but de dynamiser une saine cohabitation.

Pour mieux comprendre ces dynamiques, il faut reprendre l’initiative « Un emploi en sol québécois », en évaluer l’implantation dans diverses régions en tenant compte de la variabilité des stratégies au sein des entreprises et des communautés. Cela permettra de proposer une offre de services de gestion de la diversité adaptée aux régions.

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